Covid-19 : l’insouciance à rude épreuve

Vivre au Japon, c’est un peu vivre dans une bulle on règne la politesse, la sécurité, la paix.

C’est très raccourci car quand on creuse cette couche de bonnes intentions , on découvre parfois des aspects plus sombres. Mais selon moi, c’est ce que promeut le collectif. Et je crois que c’est un aspect du Japon qu’apprécient beaucoup d’étrangers qui s’installent ici. C’est rassurant de savoir que personne d’inconnu ne viendra se mettre en travers de notre chemin, nous importuner.

Pas de conflit, tout est lisse. C’est vraiment appréciable en période de crise comme celle que nous traversons actuellement. les gens ne paniquent pas, ne se bagarrent pas pour un rouleau de papier toilette ou un sac de riz. J’ai fait l’ouverture d’un supermarché il y a en vison une semaine car je n’arrivais plus à trouver de PQ nulle part. Il y avait déjà une file d’attente. Les gens attendaient patiemment. Le supermarché a ouvert ses portes et en file indienne, calmement, nous nous sommes tous dirigés vers le rayon des produits ménagers. Nous avons pris sans bruit notre paquet de papier toilette.

Nous voulons tous ici garder cette paix sociale. Nous aurions tellement voulu profiter de l’arrivée du printemps sans accroc, comme chaque année. Les gens autour de moi sont conscients que quelque chose ne va plus, que l’horloge s’est déréglée. On entend parfois : « Le gouvernement nous a menti pour sauver les jeux olympiques, c’est impardonnable. » Je sens comme un relent de Fukushima avec une communication désastreuse du gouvernement qui ne veut pas voir ce qui ne l’arrange pas de voir. Mais on n’aime pas la malhonnêteté ici, ici comme ailleurs, ici plus qu’ailleurs peut-être.

Les gens veulent continuer à vivre, vaquer à leurs occupations. Et sans déclaration de confinement des autorités, rien ne les en empêche . Pire, certains se sentent obligés par devoir, honneur, sens du collectif, de continuer à faire comme d’habitude. J’ai eu un rendez-vous professionnel dans un café l’autre jour, un Starbucks. Starbucks a fermé le weekend dernier suite à la déclaration de la gouverneure de Tokyo. Cette semaine les magasins étaient ouverts, à la nuance que dans l’espace on les gens sont le plus proche les uns des autres était fermé. Mais partout ailleurs, il n’y avait pas toujours un mètre de distance entre chaque client. D’ailleurs, mon interlocuteur de rendez-vous s’approchait étrangement de moi, tandis que je reculais au fur et à mesure. À la fin de notre entretien, je lui ai demandé comment il vivait cette période troublée. Il m’a répondu : « Je porte un masque, plus par crainte d’infecter les autres que d’attraper le virus. On n’y peut pas grand chose. Et je dois continuer à travailler. Alors je dois bien me débrouiller avec ça. »

Le gouvernement japonais a été interpellé au parlement sur un lockdown possible, sur le modèle de la France (qui n’est pas pourtant pas le meilleur modèle). le monde se confine ou sort du confinement et le gouvernement veut encore croire à un évitement du lockdown. Les infos relayent maintenant les cas de mortalité chez des enfants ou jeunes adolescents en Europe. L’économie et l’insouciance ne pourront pas passer en priorité encore bien longtemps. Malgré une certaine résignation face aux évènements dramatiques, la peur est présente. Et les informations commencent à toucher la sensibilité profonde de chacun.

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