Covid-19 au Japon : le bug

Hier, notre site à publié un article sur le live de la gouverneure de Tokyo et de ses recommandations pour faire face à la flambée, toute relative car on parle de 60 cas par jour, de nouveaux cas d’infection au corona virus.

J’ai regardé les infos ce matin. Les journalistes de chez Ann news ont fait un retour sur cette intervention. Leur cœur balançait entre la crainte d’une plus grande propagation de l’épidémie et une légère indignation sur le fait que les restaurants, clubs, bars et autres lieux de joie allait pâtir de cette recommandation économiquement.

ANN news : plateau télé où on commente les recommandations de la gouverneure de Tokyo. (Source Youtube)

Quand on voit le nombre de cas annoncés, on comprend cette légèreté. 60 cas par jour c’est presque rien comparé au reste du monde. Mais le Japon est-il vraiment à l’abri du monde ? En fait, il n’y a pas de test. De ce que je perçois, c’est en cas de symptômes avérés qu’on a droit au test. sachant que nombre de personnes infectées n’ont pas de symptômes ou très peu, et que de toute façon il n’y a pas de remède, on peut se dire que tester seulement les malades avérés a du sens pour éviter une peur panique dans une métropole très peuplée. Je vais loin, je sais, mais j’essaye de comprendre.

Les chiffres du nombres de cas infectés (source ANN news, vidéo Youtube)

Pourquoi tant minimiser ? On pourrait crier au complot, à la peur, au mensonge etc. J’y vois 3 choses. La première, c’est la solidarité, du moins une certaine forme de solidarité. J’ai vu la même chose après le grand tremblement de terre de 2011 et l’incident de la centrale nucléaire de Fukushima qui s’en est suivi. J’ai vu des personnes manger des fruits de Fukushima et quand je leur ai demandé, étonné, si elles n’avaient pas peur de ce qu’elles étaient en train d’ingurgiter, elles m’ont répondu qu’il fallait soutenir les pauvres producteurs de Fukushima. Noble démarche inconsciente. Je me permets de faire l’analogie avec cette compassion affichées pour le tenanciers de restaurants et autres lieux de convivialité.

Autre point : le bug.

Les japonais (pas tous et pas toujours évidemment) ont une tendance à ne connaître qu’une manière de faire, une procédure, un mode d’emploi. Ce mode d’emploi est d’une précision extraordinaire pour éviter tout risque d’erreur ou d’imprévu. C’est ce qui explique que les choses semblent si bien fonctionner et je dois dire que sur bien des aspects, à facilite la vie quotidienne. Mais quand un incident hors manuel survient, c’est l’indécision, on ne veut pas prendre la responsabilité, on n’a pas de procédure pour ça. Un Youtuber en Corée du Sud et qui a travaillé un peu au Japon, Papesan, le résume parfaitement en ces termes dans sa vidéo comparative entre la Corée du Sud et le Japon : « Dans la vie de tous les jours comme dans le monde du travail, j’ai l’impression que les japonais ont un algorithme dans la tête. Et quand ils font face à des use case auxquels ils ne sont pas habitués, j’ai l’impression qu’ils bug littéralement, qu’ils savent pas quoi faire. (…) Je généralise mais parfois j’ai l’impression que pour les japonais, 1 + 2 = 3 mais ne seront pas forcément d’accord avec toi quand tu leur diras que 6 – 3 fait aussi 3. » Le rapport avec la gestion de la crise sanitaire ? Simple : quand un incident connu survient, on a la procédure et on agit vite avec précision. Mais quand on n’a pas la procédure, sans même parler d’improviser, on est perdu. J’ai vu le même phénomène lors de l’incident de la centrale nucléaire de Fukushima. C’était un cas inhabituel et on a vu les politiciens et officiels complètement désorientés, pendant qu’une présentatrice télé versait quelques larmes.

Dernier point : la culture du non-dit.

C’est un des points culturels du Japon qui apparaît le plus vite pour les étrangers qui viennent s’y installer. À vrai dire, je n’ai pas trop parler de ça car je considère que c’est une spécificité du pays avec laquelle il faut savoir jongler. Et c’est souvent sur ça que les étrangers critiques tapent parce que c’est facile. Le non-dit n’est à mon sens pas handicapant dans la vie quotidienne. Il l’est plus dans un cas de crise majeure comme celle que le monde traverse actuellement.

Je reviens sur l’intervention de la gouverneure de Tokyo. Elle semble impuissante à prendre des mesures drastiques plus que des recommandations légères. Et elle semble aussi consciente. On oscille entre minimisation et petites phrases qui font bien comprendre à tout le monde que c’est du sérieux. L’art d’exprimer quelque chose sans le dire clairement. À nous de comprendre ce qu’il y a à comprendre.

Recommandations de la gouverneure de Tokyo. En sous titre : « les personnes d’âge moyen, n’allez pas dans les bars et les night clubs ». (Source ANN news sur Youtube)

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